Contestations sociales : un XXIème siècle instable et déchaîné
- Nouvel Angle
- 5 déc. 2019
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Dernière mise à jour : 6 déc. 2019

Photo: pixabay
Depuis plusieurs mois, une avalanche de contestations sociales perturbe les politiques aux quatre coins du monde. En Amérique latine, le Venezuela a fait trembler le pouvoir de Nicolas Maduro, sans que l’armée ne se range du côté de Juan Guaido et du peuple. Aujourd’hui, la violence civile inonde le Chili, et, plus récemment, le territoire colombien. En Europe, le mouvement très contrasté des « Gilets Jaunes » a fait écho dans la presse internationale, interrogeant la politique sur de nouvelles mesures sociales. L’Espagne était quant à elle occupée par des contestations en faveur de l’Indépendance de la Catalogne. En Angleterre est né Extinction Rébellion qui crie l’urgence climatique jusqu’à se répandre dans les pays voisins. Dans le même objectif, « Flight Shaming » en Suède impacte le trafic aérien… Les mouvements sociaux émergent au centre du Globe. Puis, en Afrique, les peuples se rebellent contre les dirigeants politiques. Les cas en Algérie, en Irak, au Liban, en Afrique du Sud frôlent la révolution. Enfin, en Asie, les manifestations sans fin d’Hongkong prônent la démocratie et les libertés individuelles. Expression d’une colère grandissante depuis des années, réclamations de nouvelles mesures sociales et économiques, le XXIème siècle fait face à l’une de ses crises les plus intenses, bâtissant, sûrement un nouveau chapitre dans l’Histoire de la géopolitique.
La circulation des idées
Ces contestations dans le monde sont les mêmes que celles ayant renversé les régimes totalitaires. L’effondrement du mur de Berlin est dû au peuple et à son envie de délivrance d’un régime communiste étouffant l’économie et le quotidien des habitants de Berlin Est (ex RDA). Plus récemment, les printemps arabes apportent la preuve que les contestations sociales pouvaient renverser le régime politique en Égypte en 2011. Enfin, plus loin dans la frise chronologique, la Révolution Française, marque la fin de la monarchie en France. Aujourd’hui, les contestations multiples dans le monde s’adressent au système mis en place, qu’il soit autoritaire ou démocratique. Leur objectif demeure le même aujourd’hui, l’instauration d’un nouvel idéal social et politique. Parfois plus justes, ou trop utopiques, ces nouvelles images de la politique surviennent d’une rupture de confiance à l’égard du gouvernement, d’une dépolitisation ou encore, tout simplement, de l’émergence de nouvelles mentalités. Ces nouvelles générations veulent, elles aussi, devenir actrices de la vie politique et construire un système plus cohérent, s’adaptant à la situation de chaque citoyen. Elles observent pour cela l’évolution du monde antécédent, se basant sur le témoignage, les précarités, ou sur un phénomène dont l’ampleur ne cesse d’être gigantesque : les médias.
Au final, ce sont eux qui ont favorisé le cri des peuples. La diffusion d’informations et d’idées via les débuts de la presse écrite, légale ou clandestine, a contribué à un autre phénomène, lui aussi non négligeable pour cette explication du réveil des peuples : la mondialisation. Si l’on remonte en arrière, retournant en 1789, date de la DDHC (Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen), on s’aperçoit que la fin de la monarchie absolue en France a donné le signal d’alarme aux pays voisins suite au Congrès de Vienne (1814-1815). Tour à tour, les territoires européens se sont détachés de la couronne et du pouvoir absolu en exigeant les libertés individuelles. Le printemps des peuples (1848) a mené à l’extinction de la monarchie absolue, gravant au cœur des États Nations la monarchie constitutionnelle et la démocratie.

Les médias et la circulation des idées sont les facteurs principaux de l'idée de manifester. Photo : Wikipédia
L’émergence des réseaux sociaux et de la « e-colère ».
Puis, l’accélération de l’information a déclenché de nouvelles conséquences. Un peuple donne l’exemple à un autre, à des millions de kilomètres, et les esprits libres savourent leurs droits. Les masses se servent aujourd’hui d’un outil plus accélérateur encore : les réseaux sociaux. Facebook, Twitter et les autres forment désormais un outil de mobilisation en organisant les manifestations. Les appels à se mobiliser créent des émeutes. Les printemps arabes sont quelques fois surnommés « révoltions 2.0 » ou « printemps Facebook ». Ainsi, les réseaux sociaux permettent de véhiculer des idées. Toutefois, ils ne mesurent pas l’ampleur de la force des manifestations. En France, le mouvement des « Gilets Jaunes » est né par un appel à se rassembler, sur les réseaux sociaux. Ceux qui ont lancé ce feu vert sont devenus les leaders d’un mouvement historique en France. Se crée alors un véritable espace public virtuel où se forment et circulent les idées d’un nouvel horizon politique. Mais gare aux fake news et dépolitisation, partagées et conduites par des internautes parasites, souvent extrémistes, qui visent les valeurs de la démocratie. En jouant sur la fausseté et les émotions des internautes, ils instaurent une sorte de propagande, aujourd’hui fréquente sur ces outils. Ainsi, la création d’un imaginaire social peut basculer en une simple phrase, ou en un cliché truqué. C’est pourquoi les débordements deviennent inévitables. En France toujours, des fake news partagées de centaines de fois ont provoqué davantage la colère des manifestants. À Hongkong, le mouvement « pro démocratie » les multiple afin d’attiser la haine des citoyens et rassembler les masses. Preuve en est-il, « Pro démocratie » a remporté haut la main les élections législatives, remportant 388 sièges sur 452. Ces fake-news se propagent grâce au canal des réseaux sociaux, plateformes où l’on retrouve sont aussi les leaders de mouvements.
Mêmes facteurs, mêmes objectifs mondiaux
Certes, tout mouvement ne comporte pas forcément un leader à proprement parlé. Pénélope Larzillère et Noam Titelman sont parvenus à ce constat en étudiant les mouvements des printemps arabes ou la situation actuelle et délicate au Chili. Les manifestations qui perdurent en Algérie, cas particulier par ailleurs, ne compte pas de porte-parole. Car au sein de ces mouvements se rassemblent tout type de profils, plusieurs classes et catégories sociales. Classes moyennes, féministes, étudiants et mères de famille… Ces diversités créent un mélange remettant en question le système en question. Des attentes se font entendre. En Algérie, le sentiment d’humiliation et d’indifférence face à un autoritarisme a mené à la démission de Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans. La foule continue de défiler dans la rue, réclamant une démocratie plus juste et la délivrance des libertés individuelles. En France, le début de la crise des « Gilets Jaunes » a conduit tous profils à manifester contre la taxe carbone tandis que l’injustice sociale la fin des régimes spéciaux continue à mobiliser les petites classes dans les rues des métropoles françaises. À Hongkong, on exige le maintien des libertés et droits de l’Homme. En Bolivie, on proteste contre la fraude aux élections présidentielles, contre la fraude tout court à Prague. Au Chili, en France, au Liban et dans plusieurs États africains, les contestations sociales sont d’ordre économique. Les mêmes causes se retrouvent, créant ainsi une presque révolution, produite elle-même d’un consensus et non d’un conflit de classes, lequel ne permet pas de soutien, mais plutôt d’une impossibilité à révolutionner.

La jeunesse s'exprime dans les rues du monde. Photo: Pixabay
Pour se faire entendre, les populations adoptent différentes stratégies. Les violences sont nombreuses. Les incendies au Chili, les dégâts en France, les victimes à Hongkong, les morts en Irak surviennent et provoquent une nouvelle crise. Le but, en plus de lever la voix, reste de déstabiliser le pouvoir. Pour cela, les peuples reprennent les exemples de l’Histoire avec la chute des régimes totalitaires, possibles notamment grâce à des manifestations dégénérées. Le cas particulier de l’Algérie fait cependant réfléchir. La désobéissance civile n’invite pas à la violence, mais à enfreindre les lois et, surtout, à l’harmonisation sociale. Le geste du peuple, tendant une rose aux forces de l’ordre, reste stupéfiant. Toutefois, malgré des causes similaires et mobilisations ambitieuses pour vaincre la bureaucratie (Algérie, Chili), Pénélope Larzillère et Noam Titleman expliquent que ce soulèvement du peuple, souvent, se heurte à l’échec, reproduisant le même schéma continuellement. Cela viendrait des demandes trop utopiques, incompatibles avec la réalité, de la stabilité exercée par le gouvernement (Chili) ou des institutions responsables de la colère du peuple, auquel cas la politique n’est pas impliquée.
Nouvelle ère, nouveau monde, nouvelle Humanité
Ces contestations naissent d’un malaise économique et social du peuple, menant à une nouvelle définition du citoyen et de l’Humanité, et à une remise en question du système actuel. Les gouvernements doivent alors trouver des solutions aux problèmes évoqués. En France, le Grand Débat et les propositions d’Emmanuel Macron à l’égard des « Gilets Jaunes » sont suivis de revendications supplémentaires, auxquelles la possibilité de répondre est complexe. Ces manifestations découlent du modèle Mai 68, période où Charles De Gaulle s’est retiré de l’Elysée. En Bolivie, Evo Morales a démissionné, suite aux dénonciations de la part de la population bolivienne. Au Chili, après de nombreux refus, des solutions ont été proposées malgré la continuité des manifestations. À Hongkong enfin, on attend la prise de conscience du gouvernement, dont la cheffe, Carrie Lam déclare reconnaître les « lacunes » du gouvernement. Reste à savoir jusqu’où peut aller la désobéissance civile pour tester les gouvernements…
Baby The Boss
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